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Violent incendie au « Daaka » de Madina-Gounass : Une vingtaine de morts et d’importants dégâts matériels…

Un incendie d’une rare violence, d’origine inconnue, s’est déclaré hier sur le site du « Daaka », faisant des morts et d’importants dégâts matériels.

On ne peut pas pour le moment dire quelle est l’origine de l’incendie ou établir avec exactitude le nombre de victimes. Cependant, des sources concordantes et bien autorisées proches de l’organisation font état d’une vingtaine de morts. A 19 heures déjà, nous avons vu les sapeurs-pompiers ressortir 19 corps sans vie, certains par brûlures et d’autres par suffocation, mais aussi des blessés. Un bilan qui pourrait évoluer vu qu’il n’y avait plus d’électricité sur le site pour prévenir contre une aggravation de l’incendie ou encore les difficiles conditions de travail.
Le feu s’est déclaré à 16 heures au moment où les fidèles s’apprêtaient à célébrer la deuxième prière de la journée. Parti du Sud-est, le feu s’est propagé à une vitesse vertigineuse, prenant de court les pèlerins, mais aussi les sapeurs-pompiers, gendarmes et autres membres de l’organisation. Le marabout venait de sortir de son habitat pour venir diriger la prière. L’effet surprise, mais surtout la densité et la vitesse des flammes qui prenaient vite avec la paille feront disperser les pèlerins. C’est le sauve-qui peut général, une véritable débandade. Les gens cherchant à sauver leurs bagages pour certains, leurs moyens de locomotion pour d’autres, mais surtout leur peau. La fumée s’entassait formant des nuages qui se développaient par grappes, laissant apparaître l’importance du feu qui les secrétait. Avec les vents secs et chauds, le feu a rapidement progressé du Sud-est vers l’Ouest mais aussi une partie de l’Est.

Certains ont essayé de sortir véhicules, motos et matériels face à la furie du feu, mais pour la plupart le sauve-qui peut vers le Nord-est était la seule alternative. La ruée des sapeurs-pompiers n’y fera rien puisqu’ils vont vite se heurter au récurrent problème d’eau. Avec un seul forage fonctionnel et des citernes insuffisants et vides, les pompiers tout comme les pèlerins n’avaient que leurs yeux pour pleurer et apprécier le désolant spectacle. Handicapés, veilles personnes, tout comme les jeunes pèlerins… se dirigeaient vers le Nord-est pour sauver ce qui pouvait l’être. Le feu continuait à se propager tandis que des citernes essayaient de gagner en vain la ville pour chercher de l’eau. Le feu devenait impérial, faisant entendre des détonations de gaz. Bien que maîtrisé, le feu poursuivait son cycle de vie trois heures après son début. Le vaste panorama de désolation laissait voir une bonne partie du « Daaka » réduite en cendres, des véhicules et motos en carcasses de fer.

La virulence du feu fera dire à Ousmane Bâ, un retraité militaire qui vient à la retraite depuis 1966, qu’il n’a jamais vu un « incendie d’une telle ampleur ». « Il y a eu les incendies de 1971 et 1987 certes, mais ils n’étaient pas d’une telle ampleur ». De nombreuses personnes rendaient grâces à Dieu d’avoir la vie sauve même si certaines d’entre elles déclaraient avoir tout perdu. D’autres fustigeaient le manque d’eau et de moyens pour les sapeurs. Regrettant que le « rassemblement de millions de personnes n’ait pas fait l’objet de l’attention requise ».
Quatre heures après l’incendie, la foi inébranlable a permis aux milliers de pèlerins de retrouver le calme, malgré les pleures et regrets de proches morts. Le « Daaka » reprenait son essence avec le retour du courant à 20 heures. La sono faisait vibrer et balancer l’écho de la « salatoul fatiha », une prière sur le prophète (Psl), à l’heure de la wazifa après la prière crépusculaire.

…Le Khalife apaise les fidèles
Le Khalife de Madina-Gounass, Thierno Amadou Tidiane Bâ, a su trouver les mots qu’il fallait hier pour apaiser les pèlerins du « Daaka ». Ramenant l’incendie à une volonté divine, le guide religieux a vu en l’incendie une « épreuve pour que Dieu nous comble davantage de ses bienfaits ». Avant juste la célébration de la dernière journée, dans le site qui souffle encore des braises, Thierno Amadou Tidiane Bâ a expliqué que le croyant est toujours balancé entre « crainte et espoir », deux dimensions qui doivent l’amener à « toujours louer le Seigneur » qui lui augmente ses bienfaits. « Nous devons rendre gloire à Dieu par l’acceptation de qui tout arrive. Tout ce que le Bon Dieu décrète, il n’y a personne qui peut s’y opposer. Et quand il veut une chose, il lui suffit de dire « Sois » et qu’il soit. Nous avons vu aujourd’hui l’épreuve dans laquelle il nous a mis, mais nous savons tous également que n’eût aurait été sa miséricorde, les dégâts et les pertes auraient pu être plus importants », a livré le Khalife de Médina-Gounass.

Tout en appelant les pèlerins à redoubler d’attention contre d’éventuelles causes d’incendie, il a prié pour l’acceptation des prières des fidèles. Expliquant à l’aide de versets et de traditions prophétiques qu’il est souvent nécessaire pour le fidèle, qui ne peut pas tout comprendre, de passer par certaines épreuves pour voir la réalisation de sa volonté, il a aussi prié pour que les « sinistrés aient plus que ce qu’ils ont perdu ».

SEYDOU BA, MAIRE DE MADINA GOUNASS ET PRESIDENT DU COMITE D’ORGANISATION : « L’incendie aurait pu être évité avec de l’eau »
« Nous nourrissons un grand regret aujourd’hui puisque nous avions attiré l’attention des autorités dès le premier jour sur le manque d’eau. Le feu n’aurait pas pu connaître une telle ampleur s’il n’y avait pas ce manque d’eau. Ce qui veut dire que nous aurions pu éviter cet incendie ». La déclaration de Seydou Bâ, maire de Madina-Gounass et président du comité d’organisation du « Daaka », sonne comme une confirmation d’une crainte. Une crainte exprimée dans les colonnes du «Soleil» du lundi dernier. Dépassé par le fil des évènements, M. Bâ, présent sur le site de l’incendie, rappelait avoir « demandé à la réunion nationale la mise à disposition de 250 bâches ». « On nous avait finalement promis 50 bâches que je n’ai pas réceptionnées. Je disais également à la même réunion que si l’Ageroute doit faire des pare-feux, il faudrait qu’elle puisse s’attacher des services des Eaux et Forêts puisqu’il y a des normes techniques à respecter par rapport à la largeur des ces pare-feux et à la direction des vents », a tenu à souligner le maire. Aussi, il revient sur sa proposition d’envisager des « solutions pérennes et non ponctuelles » pour le «Daaka », mais surtout de faire en sorte que la « modernisation des cités religieuses soit véritablement réelle ».

Les condoléances du chef de l’Etat et de son homologue portugais aux familles
Au cours de la conférence de presse hier au Palais, les deux présidents ont saisi l’occasion pour présenter leurs condoléances à la communauté musulmane de Madina Gounass, aux familles des victimes de l’incendie du « Daaka », ainsi qu’au Khalife et à la communauté de Médina Gounass. Macky Sall a aussi annoncé des mesures à prendre en concertation avec les acteurs sur place. En attendant son déplacement dans la localité ce vendredi, il a indiqué que le ministre de l’Intérieur effectuera aujourd’hui un déplacement à Madina Gounass pour la circonstance.

Amadou Diop

Une délégation gouvernementale dépêchée au «Daaka» aujourd’hui
Un violent incendie survenu ce jour 12 avril 2017 au Daaka de Madina Gounass (76ème édition) a occasionné des pertes en vies humaines dont le bilan provisoire fait état d’une vingtaine environ.

Le Chef de l’Etat et l’ensemble du gouvernement s’inclinent devant la mémoire des victimes et présentent leurs condoléances émues au Khalife de Madina Gounass, à leurs familles et au peuple sénégalais. Afin d’évaluer de façon exhaustive ce sinistre, Monsieur le Président de la République a décidé d’envoyer sur les lieux, dès demain 13 avril 2017, une délégation gouvernementale qui sera conduite par le Ministre de l’Intérieur et de la Sécurité Publique.

Le gouvernement invite les Pèlerins et toutes les populations des localités concernées à la sérénité et s’engage à prendre toutes les dispositions nécessaires face à cette situation.

Ibrahima Khaliloullah NDIAYE, envoyé spécial

Source : Le Soleil

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